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Boudhisme ésotérique au Japon
Laura WINCKLER
Si le voyage en Egypte en 1865 fit naître chez Emile Guimet sa vocation de se consacrer à l'archéologie religieuse, c'est son voyage au Japon en 1867 qui lui permit d'établir les bases de ses futures collections. Educateur avant tout, il voulait créer un musée des religions où seraient rassemblés tous les dieux et les déesses, "un lieu où l'on puisse non seulement les voir, mais comprendre ce qu'ils voulaient dire", selon les commentaires d'un jeune visiteur de son temps.

Lors de son séjour à Kyôtô, il fut fasciné par le mandala sculpté du monastère du Tôji et il exprima au Supérieur le souhait audacieux d'en faire faire une réplique. La requête fut écoutée avec sympathie par l'Abbé qui en fit exécuter pour l'hôte occidental une réplique réduite environ au tiers. C'est cette réplique - avec quelques modifications par rapport à l'original - que l'on peut voir au Musée Guimet.

 

Conçu par le fondateur de la secte ésotérique Shingon, Kûkai, et inauguré en 839, quatre ans après sa mort, ce mandala, composé de vingt-trois statues de grande taille, en bois doré et polychrome, visait à exprimer l'action du Bouddha dans le monde, tout en jouant un rôle protecteur pour préserver la paix et la prospérité de l'empire.

 

Un mandala est un psychocosmogramme, support de méditation, qui présente les éléments de façon concentrique pour conduire le méditant vers l'unité intérieure. A l'intérieur d'un cercle, il contient un carré découpé par les diagonales en quatre triangles et en son centre réside le point, la non-dimension, expression de l'unité au-delà de la manifestation.

 

Le bouddhisme ésotérique comprend le "Triple mystère" selon lequel les trois sortes d'actes : de corps, de paroles et de pensée qu'accomplissent les êtres sont des répliques des trois sortes d'actes du Bouddha. Le monde est le Grand Vairocana, "le grand Irradiant" qui réside au cœur du mandala. Mais sous l'effet de l'ignorance ou de l'illusion qui obnubile la conscience, l'homme ne voit pas la réalité telle qu'elle est. C'est par une pratique qui doit allier connaissance (prajna) et compassion intelligente (karuna) que le disciple peut sortir de la confusion, se débarrasser des poisons qui obstruent sa conscience et atteindre l'éveil, la capacité de voir la réalité telle qu'elle est au-delà des apparences.

 

Il s'unira alors au Triple mystère, à travers des actes du corps, positions rituelles et gestes (mudra : sceaux), par des actes de parole concentrés dans des vocables au contenu essentiel (mantra, shingon en japonais, paroles véritables) et par des actes de pensée consistant en pratiques de concentration profonde (samadhi, japonais zenjô). La visualisation des mandalas lui sert de support, rendant tous les recoins de l'espace accessibles à la conscience omnipénétrante.

 

LES MANDALAS DU PLAN DU DIAMANT ET DE LA MATRICE

 

La secte Shingon décrit deux mandalas fondamentaux : le mandala de la "Matrice de la Grande Compassion" et le mandala du "Plan du Diamant". Le premier exprime le principe d'Eveil présent à l'état potentiel dans tous les êtres : la "racine de Bouddha est dans tous les êtres". Le deuxième représente l'Eveil actualisé. Dans les salles d'exercice du culte ésotérique, les deux mandalas se font face, car, complémentaires, ils expriment à eux deux l'unique Réalité : celle de l'Eveil à son origine et à son achèvement.

 

Au centre, trône le Grand Vairocana, cœur du mandala du Plan Diamant, entouré des cinq grands Bouddhas de Sagesse qui représentent l'état éveillé. A droite, les cinq grands Rois de Science symbolisent la connaissance. A sa gauche, les cinq grands Bodhisatvas symbolisent la compassion. Autrement dit, les cinq manifestations de la Sagesse de l'état éveillé se réalisent par les cinq voies de la connaissance (liées à l'évolution de la conscience), et les cinq modes de la compassion (liés à un état de vacuité de l'être).

 

Dans la tradition bouddhique, la véritable compassion est symbolisée par un poisson et la connaissance par l'eau. Elles sont interdépendantes. La compassion est un état de calme qui implique l'intelligence et une vitalité intense. La danse de la compassion et la musique de la connaissance pavent la voie qui conduit vers la sagesse (Jnana). Pour passer de la connaissance à la sagesse, il faut éveiller la chaleur de la compassion qui fait naître le besoin de partager cette connaissance avec tous.

 

Ainsi, les Bodhisattvas représentent ce don de compassion des êtres vénérables qui ont renoncé à leur propre délivrance pour y conduire tous les êtres jusqu'au dernier.

 

Les Rois de Science représentent la connaissance. Leurs figures courroucées sont l'expression de la conscience qui doit œuvrer par sauts. Il nous faut prendre l'initiative de sauter, en détruisant l'hésitation et tous les obstacles que nous rencontrons sur le sentier de la confusion jusque dans l'ouverture.

 

La Sagesse est représentée par les Cinq Bouddhas Primordiaux qui conduisent les êtres de l'ignorance vers l'Eveil, en "suscitant une attitude d'ouverture envers les situations de la vie ; en effet, lorsque nous réalisons qu'il n'y aucune échappatoire, nous acceptons d'être pleinement ici et maintenant... L'approche bouddhiste toute entière consiste à développer le bon sens transcendental, la vision des choses telles qu'elles sont, sans magnifier ce qui est ni rêver sur ce que nous voudrions être". (1)

 

Le Mandala du Toji est le fruit de l'imbrication de ces deux mandalas complémentaires, le Mandala du Plan de Diamant et le Mandala de la Matrice.

 

Au centre de l'ensemble trône le groupe des "Cinq Bouddhas" présidé par le Grand Vairocana, cœur du mandala du Plan du Diamant. Les Cinq Bouddhas de Sagesse sont entourés de quatre Boddhisattvas du plan de Diamant. A sa gauche, se trouve le groupe des "Cinq Boddhisattvas", expression sur le mode de la Compassion de la volonté d'enseignement des Cinq Bouddhas. A droite du groupe central, se trouvent les "Cinq grand Rois de Science" qui incarnent l'effort de subjugation entrepris par les Cinq Bouddhas envers les êtres "difficiles à convertir". Dans les angles se trouvent les figures traditionnelles des Quatre Dieux-Rois protecteurs des Orients.

 

La relation organique entre les Vénérés des trois catégories est exposée dans le Hizôki, Notes du Trésor des Secrets, recueil des enseignements essentiels procédant de Kûkai ou de ses maîtres. Fondée sur le symbolisme de la Roue (cakra en sanskrit, rin en japonais), qui représente la Loi telle que le Bouddha l'a mise en mouvement, semblable au disque, arme infaillible contre les passions, elle enseigne que la Vérité s'exprime et s'impose à travers Trois Corps qui opèrent comme des roues : le Corps absolu dit "Roue de la Nature propre" est celui des Bouddhas, le Corps de prédication dit "Roue de la Vraie Loi" est celui des Bodhisattvas et enfin, le Corps dit "Roue d'Autorité" est celui des Rois de Science. Les Vénérés se répondent cinq par cinq de chacun des "Corps Roue" à l'autre. (Voir tableau joint).

 

LES CINQ GRANDS BOUDDHAS DE SAGESSE

 

Bouddha signifie "Celui qui est éveillé". Ce terme indique la capacité de certains êtres d'atteindre une clarté souveraine de l'esprit qui leur permet de transmuter l'ignorance et l'illusion en acceptant de voir la réalité telle qu'elle est et rien d'autre. Le Bouddha Sakyamuni résuma son enseignement dans les quatre nobles vérités : l'existence de la souffrance, la cause de l'existence de la souffrance, l'état d'extinction de la souffrance et la voie qui conduit vers la libération de la souffrance. Cet état "d'extinction", nommé nirvana, apparaît comme un état de calme, de vacuité où l'être ne s'identifie plus aux sensations, aux émotions ni aux pensées. Celui qui atteint cet état devient "vainqueur de la mort" et dans ce sens on le nomme un jina, un victorieux. C'est un tathagata, "Celui qui est venu ainsi" (nyorai en japonais). Cet "ainsi" signifierait "d'une manière conforme à la Réalité, à la nature des choses telle qu'elle est".

 

Pour le bouddhisme esotérique de la Voie du Diamant, chaque Bouddha historique est l'expression matérielle d'un Bouddha, pur et glorieux dans le monde spirituel, qui régit une des cinq directions de l'espace, les quatre directions cardinales et le zénith. Les Cinq Bouddhas de Sagesse constituent  l'expression d'un Bouddha total identifié à la nature de l'Eveil et aux cinq étapes par lesquelles devra passer le disciple pour l'atteindre à son tour. Ainsi, ils deviennent support de méditation et image de l'univers entier.

 

"Un Bouddha peut se manifester en plusieurs plans de réalité en même temps. Il est dit que les Bouddha ont le pouvoir de montrer les corps et les actes de tous les Bouddhas du passé, du présent et du futur, dans chaque pore de leur épiderme, comme aussi d'y déployer la vision de l'entière succession de leurs vies de Bodhisattva". (2)

 

Les Cinq Bouddhas révèlent la délivrance du samsara sous l'aspect de cinq Sagesses. Les quatre premières Sagesses correspondent aux Bouddhas des points cardinaux, disposés en croix autour du centre qui est leur synthèse. Elles représentent l'état sublimé des cinq agrégats, les cinq groupes dans lesquels se répartissent toutes nos expériences matérielles et spirituelles. Les cinq agrégats sont :

- Agrégat de la forme matérielle (rupa), : les 4 états de la matière, les 5 organes sensibles, les 5 objets de sensation.

- Agrégat de la sensation (vedana) : toutes les impressions agréables, désagréables ou neutres qui apparaissent lorsque l'une des six facultés (les 5 sens et le mental) entre en contact avec son objet propre. On distingue 18 sortes de sensations.

- Agrégat de la perception (samjna) : préhension par le mental de la nature et du caractère des choses dans les six domaines des six qualités.

- Agrégat des formations mentales (samskâra) : réflexions, raisonnements, mémorisations, intentions, volitions, décisions.

- Agrégat de la conscience (vijnâna) : toutes prises de conscience qui accompagnent le contact des facultés avec leurs objets.

 

Les agrégats sont affectés par les passions. On attribue à chacun d'eux un des cinq "poisons" : à la forme correspond la haine (dvesa) ; à la sensation, l'orgueil (abhimana) ; à la perception, le désir passionné (raga) ; aux formations mentales, la jalousie (irsya) ; à la conscience, l'illusion (moha).

 

C'est par les "Portes de la délivrance" ou portes du nirvana que l'adepte purifie les agrégats de leurs poisons les transformant en Sagesse et Illumination. On distingue quatre Sagesses : la Sagesse semblabe au miroir (adarsajnana), la Sagesse d'équanimité (samatajnana), la Sagesse du discernement (pratyaveksanajnana) et la sagesse qui accomplit les actes (krtyanusthanajnana).

 

En voyant que toutes choses ont pour caractère le vide, on purifie l'agrégat de la forme, entaché par le poison de la haine et on le transforme en Sagesse semblable au miroir. Cette Sagesse est un état d'esprit qui consiste à ne rien rejeter de ce qui frappe l'esprit, à le recevoir tel quel et à ne pas y attacher la pensée.

 

En considérant toutes choses comme étant sans caractères, on purifie l'agrégat de la sensation, entaché par le poison de l'orgueil, et on le transforme en Sagesse de l'équanimité. Cette Sagesse est un état d'esprit qui consiste à ne pas tenir compte des distinctions entre les êtres, mais à les considérer tous d'un même regard rempli de compassion et d'amour.

 

En étant attentif à tous les phénomènes sans leur appliquer des notions toutes faites et sans les regarder comme désirables, on purifie l'agrégat de la perception, entaché par le poison du désir passionné et on le transforme en Sagesse du discernement. Cette Sagesse est un état d'esprit qui consiste à percevoir chaque phénomène en lui-même, sans le déformer par des notions forgées en soi auparavant.

 

Enfin, en ne visant aucun but personnel dans l'activité, on purifie l'Agrégat des formations mentales, entaché par le poison de la jalousie et on le transforme en Sagesse qui accomplit les actes. Cette Sagesse est en un état  d'esprit qui consiste à agir sans aucun but personnel, avec seulement la pensée que les êtres doivent être délivrés de leurs peines et conduits au vrai bonheur. Par cet état d'esprit, les activités ne constituent plus de liens "karmiques" et n'attachent plus au cycle du samsara (renaissance).

 

Ces quatre Sagesses sont attribuées aux points cardinaux. La première et la troisième correspondent à l'Est et à l'Ouest. Situées sur le même axe, elles se rapportent au domaine de la connaissance. La deuxième et la quatrième sont réparties au Sud et au Nord. Leur axe correspond à  l'affectivité et à l'action. Elles sont étroitement liées à l'amour et à la compassion.

 

Au centre, les deux axes se rejoignent et se croisent dans la Sagesse du Dharmadhatu. Cette sagesse englobe la totalité du monde intérieur, celui du Dharma, de tous les éléments appartenant aux quatre premiers Agrégats et constituant les objets de toutes nos prises de conscience. La Sagesse du Dharmadatu est la Conscience elle-même, transparente et lumineuse, complètement purifiée du poison de l'illusion. Elle coïncide avec le Sublime et Parfait Eveil. Elle représente l'aboutissement de toutes les activités bouddhiques, la réalisation de l'Etat Suprême de Bouddha.

 

LES BODHISATTVA OU ETRES D'EVEIL

 

Les Bodhisattvas sont des "êtres destinés à l'Eveil", sorte de saints qui se préparent à devenir par leurs mérites et leurs vertus des Bouddha. Sur un plan spirituel, ce sont les intercesseurs divins, les "héros de compassion et de sacrifice", entre les Bouddha de Sagesse et les êtres vivant sur cette terre d'impermanence et d'imperfection. Ils symbolisent "les Portes de la délivrance", c'est-à-dire les moyens habiles par lesquels s'opère la purification des poisons et la transmutation du plan samsarique en plan nirvanique.

 

"Les Ecritures considèrent le vœu et l'engagement dans la voie du bodhisattva comme le signe de l'éveil de la boddhi ou "intelligence fondamentale". Ce vœu est prononcé en présence d'un maître spirituel, d'images des Bouddhas pour symboliser la presence de la lignée, de la famille de Bouddha. "A partir d'aujourd'hui jusqu'à ce que j'atteinge l'illumination, je m'engage à travailler avec les êtres vivants en renonçant à ma propre atteinte de l'illumination". A vrai dire, il est impossible d'atteindre l'illumination sans renoncer à la notion de "moi" personnel (l'ego). Le vœu du bodhisattva reconnaît que la confusion et le chaos - l'agression, la passion, la frustration, la frivolité - font partie du chemin. Le bodhisattva est un très humble pèlerin qui travaille le sol du samsara pour en extraire le trésor caché : "A partir d'aujourd'hui et jusqu'à ce que j'atteigne l'illumination, je veux vivre avec mon chaos et ma confusion, aussi bien qu'avec ceux des autres êtres vivants. Je veux partager notre confusion mutuelle". (1)

 

Ce sont des êtres constamment actifs, constamment au travail pour conduire les êtres vers la délivrance à laquelle ils ont renoncé, dans leur immense compassion et conscience que l'humanité n'est qu'un seul être et que le premier obstacle à franchir est l'illusion de la séparativité (ahamkara) qui nous sépare des autres et nous fait croire que nous pourrions nous libérer tous seuls, imaginant un paradis douillet où aucune souffrance ne pourrait nous atteindre. Tel est l'univers gelé et sans espace de notre égoïsme qui renferme et étouffe la graine de Bouddha, de lumière, d'amour et de compassion qui sommeille en nous et par laquelle, transmutant la souffrance en connaissance, nous pouvons, par la voie bodhisattvique, transformer le monde, en nous éveillant à la compréhension de sa véritable nature, sans haine, sans orgueil, sans désir, sans jalousie.

 

Ch. Trungpa nous dit encore : "Un bodhisattva est comme un crocodile : une fois qu'il vous tient, il ne vous lâche plus. ... La relation avec l'ami spirituel est une situation de réciprocité : le maître est intensément dévoué au disciple ; aussi la dévotion commence-t-elle à s'éveiller chez ce dernier, même s'il est stupide et dense, encombré de toutes sortes de problèmes. La dévotion du maître envers le disciple prend la forme de la compassion, tandis que celle du disciple envers le maître prend celle de la discipline". Aussi compassion et discipline commencent-elles tôt ou tard à se rencontrer". (1)

 

"Lorsque la Grande Compassion s'épanouit dans sa plénitude, le bodhisattva atteint la parfaite Illumination, c'est pourquio on le nomme le Bouddha, "le Seigneur de la Grande Compassion". Elle se répand à flots, naturellement, sans effort. Cette abondance de la compassion chez l'Etre illuminé signifie qu'il a vu toute la souffrance des êtres innombrables. Lorsque le Bouddha a la vision de tous les êtres qui souffrent dans les trois temps, il fait d'eux l'objet de sa Grande Compassion et elle rayonne sans obstacle et le monde entier en bénéficie". (2)

 

LES ROIS DE SCIENCE

 

Ce sont les détenteurs de la Vraie Science, vidya, ou myô en japonais, celle qui éclaire, discerne, dégageant le pouvoir du Verbe créateur. C'est la science des mantras ou formules sacrées, porteuses d'efficacité dans l'action.

 

L'irritation qui caractérise les représentations masculines des Cinq Rois de Science, dirigés par leur chef Fudô-myôô, renforce leur volonté de vaincre les forces néfastes à l'œuvre en nous-mêmes et dans le monde, expression active de la Compassion des Bouddhas.

 

Ils conduisent le pratiquant à se purifier. Les flammes qui les entourent signifient le besoin de brûler les passions, comme préalable à la transformation de celles-ci en énergies d'Eveil. La pussance qui émane d'eux constitue une formidable arme défensive contre toute volonté de nuire à la Loi du Bouddha et aux communautés qui la suivent ; dans ce sens ils interviennent dans les rites de protection de l'Etat.

 

Leurs armes nous rappellent que pour atteindre l'état de jinas ("vainqueurs de l'illusion"), une des qualités des Bouddhas, il faut affronter un dur combat contre l'ego et toutes ses peurs névrotiques. Le combat intérieur reste intact, comme dans les enseignements de Krishna à son disciple Arjuna, l'ennemi à vaincre étant l'ignorance qui engendre la souffrance et l'attachement aux ténèbres de l'impermanent.

 

"Il y a dans les êtres toutes sortes de passions. Pour détruire ces passions, un Bouddha puise dans sa Sagesse et expose les 84 000 sections du Dharma, sans jamais tarir cette Sagesse. Tous les obstacles disparaissent dans la Liberté de l'état de Bouddha, et jamais un Bouddha ne perdra cette liberté". (2).

 

Enfin, placés aux quatre flancs de l'axe du Monde, le mont Sumeru, les quatre Dieux-Rois y assurent la protection de la Loi bouddhique et celles des royaumes qui la pratiquent. Puisque tout mandala représente le mont Sumeru, il est normal que les Dieux-Rois gardent ses angles.

 

Puisque c'est dans l'espace du cœur, magiquement transfiguré dans l'espace cosmique, qu'a lieu la découverte de notre réalité intérieure, le principe immaculé de la Lumière, le candidat doit se préparer intérieurement pour percevoir grâce au mandala la vivante énergie du cosmos tout entier. Cela devient alors réel dans la voie du vajrana et pas simplement symbolique.

 

"L'essence pure et brillante du soleil

n'est pas affectée par les ténèbres qui règnent durant des milliers de kalpas.

De la même façon, l'essence lumineuse de l'esprit

n'est pas obscurcie par les longs kalpas du samsara.....

S'il n'y a pas de désir, viendra l'union de la joie et du vide" .(3)

 

Laura WINCKLER

 

Notes

(1) Le mythe de la liberté, Ch. Trungpa, Editions du Seuil, 1979

(2) La lumière du Dharma, S.S. Dalaï Lama, Editions Seghers, 1973

(3) Extraits du Mahamudra upadesa, instructions sur le Grand Symbole transmises par Sri Tilopa à Naropa, in Le mythe de la Liberté, op. cité.

 

Bibliographie

 

La lumière du Dharma, S.S. Dalaï Lama, Editions Seghers, 1973

Thanka de l'Himalaya, images de la Sagesse, J. Eracle, Priuli et Verlucca Editori, 1993

Le monde du diamant de Kung Rig, J. Eracle, Musée d'Ethnographie, Genève, 1980

Le panthéon bouddhique au Japon - Collections d'Emile Guimet, B. Frank, Editions de la Réunion des musées nationaux, 1991

Les dieux du bouddhisme - guide iconographique, L. Frédéric, Flammarion, 1992

Le mythe de la liberté, Ch. Trungpa, Editions du Seuil, 1979

Au cœur du sujet, Ch. Trungpa, Editions du Seuil, 1993

Le Bardo-Thödol, livre des morts tibétain, Fernand Schwarz, Nouvelle Acropole Editions, 1993

 

 

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.