retour       imprimer  
   
Femmes préhistoriques
Myriam Philibert
Parler de la femme au cours de la préhistoire est un peu une gageure, dans la mesure où les témoins dont on dispose ne laissent pas de traces matérielles. A partir du paléolithique supérieur, la femme est magnifiée sous les traits des "Vénus" aux formes généreuses. Mais qu'en est-il auparavant ?

Certes, la condition féminine a du évoluer au cours des âges et le statut social de l'australopithèque diffère probablement de celui de l'homo sapiens. Pour les temps les plus reculés, il est possible d'admettre une famille polygame, à mâle dominant, réunissant autour de lui plusieurs femmes et leurs enfants. Puis on est passé à la famille de type clanique, au paléolithique moyen et supérieur. Plusieurs groupes nucléaires (homme, femme, enfants) sont regroupés en un ensemble plus vaste, régi temporellement par les anciens et spirituellement par les chamans.

 

Les premières sépultures, que l'on peut dater du paléolithique moyen, montrent qu'il n'existe aucune différence, dans la mort, entre les individus de sexe masculin ou féminin ou les enfants. Mais cette égalité apparente ne signifie pas qu'il n'y a pas hiérarchisation des fonctions et/ou séparation sexuelle des tâches à accomplir. Au contraire, dans la famille clanique, d'innombrables différences de statut s'établissent.

 

Tout un code régit les relations entre les différents individus de la tribu et le rang de la femme varie en fonction de son âge (une fillette a un statut inférieur à une jeune fille nubile) et de son rôle (une grand'mère ou une femme-chaman bénéficient d'un certain pouvoir). Le mariage est un contrat entre deux familles, mais il reste inféodé à la maternité. Chaque étape de la vie est marquée par une série de rites : ceux de naissance, de puberté, de maternité et de mort, car il convient, à chaque occasion, de s'attirer la bénédiction des puissances supérieures qui régissent l'univers.

 

Au paléolithique ancien, l'homme vit dans l'abondance et l'oisiveté. Mais en inventant l'outil, il invente le travail. Au départ, il n'y a ni division sexuelle du travail ni spécialisation. Elles apparaissent peu à peu, probablement en réponse au fait que l'homme devient de préférence droitier. Les tâches plus spécifiquement féminines sont la pelleterie (traitement des peaux) dont les applications s'adressent aux vêtements, aux tentes, aux récipients (qui ont tous une polarité féminine) ; la couture ; la vannerie et plus tard, la fabrication de la poterie. Si l'homme est artisan de ses outils et chasseur, la femme se livre à la cueillette, puis à l'agriculture.

 

Dans la vie de toute femme, grande est l'importance des enfants. Le nomadisme ne favorise pas la procréation (un enfant tous les quatre ans environ). Cependant avoir une nombreuse progéniture fait de la femme favorisée par le sort, un être d'exception au sein du clan.

 

Le domaine de la femme est la maison, que ce soit la hutte ou la tente du nomade ou, à partir du néolithique, une habitation permanente en dur. On peut supposer le besoin de protection des jeunes enfants comme origine de cette quête d'un abri. Quant à la grotte, elle a une place un peu particulière dans la mentalité primitive. Certes la hutte a un caractère sacré, puisqu'elle est une image de monde, mais la grotte conserve un sens privilégié : elle est l'espace-temps de la création du monde.

 

Dans de telles conditions, il n'est pas surprenant que les premières figurations rupestres magnifient la femme et l'acte sexuel. Les bas-reliefs de la Magdeleine représentant des femmes nues aux allures suggestives ou ceux de Laussel (la Vénus double ou celle portant une corne d'abondance) sont très significatifs. Ailleurs on trouve des vulves plus ou moins stylisées accompagnées de phallus ou de bâtonnets. L'abstraction peut être poussée à tel point que le dessin de l'acte sexuel se limite à un triangle percé d'un trait, ou même à une "flèche" ou un (lettre à dessiner, voir l'original).

 

Au paléolithique, la fécondité humaine ou animale est une nécessité vitale. Mort et vie se côtoient et sont l'expression d'une seule et même réalité. Les cycles organiques et vitaux se vivent avec une sensibilité accrue, d'autant plus que l'espérance de vie est faible et que sévit une importante mortalité infantile. Voilà pourquoi l'accoucheuse, la guérisseuse, puis la femme-chaman ont un statut privilégié et un grand pouvoir, lié à la connaissance des plantes. Comme les hommes-chamans, elles se parent de dépouilles animales et deviennent des femmes-ours ou des femmes-bisons. En aucun cas, leur visage n'est figuré de manière réaliste.

 

Pourtant, il y a une exception avec la Vénus de Brassempouy dont le visage est un charme pour les yeux. Ses cheveux sont dissimulés par un voile réticulé. Sous ses sourcils soigneusement dessinés, aucun regard n'est présent ; sous son nez fin, aucune lèvre ne s'entr'ouvre. Son pouvoir est tel qu'il n'est donné à aucun être humain d'avoir la possibilité de la contempler dans toute sa puissance. Peut-être a-t-elle atteint le stade de la déité ?

 

Myriam Philibert

Docteur en préhistoire

 

 

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.