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Épictète Faire ce qui dépend de nous
Brigitte Boudon
Comment accéder au bonheur individuel ? En pratiquant un art de vivre fondé sur la maîtrise de soi : selon Épictète, vivre heureux c’est se libérer des passions et de la crainte.

Philosophe stoïcien de l’époque romaine impériale, Épictète (50-125/130 ap. J.-C.) est né en Phrygie. Esclave à Rome d’Épaphrodite, un affranchi de Néron, il est affranchi à son tour et ouvre une école de philosophie. Chassé de Rome et d’Italie, comme tous les philosophes, par l’empereur Domitien, il s’installe dans le royaume d’Épire (Grèce occidentale) où il restera jusqu’à sa mort et ouvre à nouveau une école de philosophie de laquelle le futur historien et le haut fonctionnaire romain Arrien sera un auditeur assidu. Épictète fut l’un des plus éminents penseurs de l’Empire romain, par l’universalité de son enseignement et l’efficacité concrète de ses conseils éthiques. Comme de nombreux philosophes de l’Antiquité, Épictète n’a rien écrit. Arrien nota, le plus fidèlement possible, les cours du maître. Nous sont ainsi parvenus le Manuel d’Epictète (contenant l’essentiel de la morale stoïcienne) et huit livres d’Entretiens ou Diatribes dont nous n’avons gardé que les quatre premiers.


 

 

Ce qui dépend de nous

 

Pour Épictète, le bonheur de chacun ne dépend donc pas des circonstances extérieures, mais de sa seule attitude morale, qui est fonction de la rectitude de sa raison. «Il y a des choses qui dépendent de nous ; il y en a d’autres qui n’en dépendent pas. Ce qui dépend de nous, ce sont nos jugements, nos tendances, nos désirs, nos aversions : en un mot, toutes les œuvres qui nous appartiennent. Ce qui ne dépend pas de nous, c’est notre corps, la richesse, la célébrité, le pouvoir ; en un mot, toutes les œuvres qui ne nous appartiennent pas.» I- 1 (1)

Comment parvenir à la rectitude de sa raison ? Par l’exercice quotidien, en commençant par «les petites choses», par l’éducation dont Épictète souligne avec force la nécessité, tant celle de la dialectique qui permet de conduire correctement sa pensée, que celle de l’ascèse, entraînement moral qui purifie l’âme des passions tyranniques.  «Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur ces choses. Lorsque donc nous sommes traversés, troublés, chagrinés, ne nous en prenons jamais à un autre, mais à nous-mêmes, c’est-à-dire à nos jugements propres. Accuser les autres de ses malheurs est le fait d’un ignorant ; s’en prendre à soi-même est d’un homme qui commence à s’instruire ; n’en accuser ni un autre ni soi-même est d’un homme parfaitement instruit.» V (2)

La vision d’Epictète n’est pas une vision fataliste, ni une maîtrise figée de soi-même, mais plutôt une délivrance des effets imaginaires qui font que les âmes des hommes oscillent le plus souvent entre la servitude et la tyrannie.Un concept qui est toujours d’actualité.

 

(1), (2), (3) Manuel d’Épictète dans Marc Aurèle, Pensées pour moi-même suivi du Manuel d’Epictète, Traduction, préface et notes par Mario Meunier, Editions Garnier-Flammarion, 1964

 

Lire l’article sur les stoïciens «Les stoïciens et la tranquillité d’âme» paru dans la revue Acropolis n° 181 page 20.

 

«Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu veux. Mais veuille que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux. » VIII (3) Manuel d’Épictète

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.