retour       imprimer  
   
Georges Gemiste, Pléthon
Il naît entre 1355 et 1360 à Constantinople. Bien que nous n'ayons pas d'information certaines sur son origine et sa famille, les divers auteurs ayant mené des recherches sur ce sujet considèrent qu'il naquit au sein d'une famille aisée, probablement d'origine sacerdotale orthodoxe, d'où il est logique de supposer qu'il eut une formation complète dès son enfance.

La conjoncture du développement politique, culturel et économique de l'empire turc qui est en passe de conquérir les territoires jusqu'alors sous l'influence de Byzance, fait que de nombreux intellectuels grecs se rendent à la cour du sultan, et c'est ainsi, qu'à une date non précisée, selon ce qu'affirme Scholarios, Pléthon voyagea au moins dans deux des plus importantes villes de la région, Adrianople et Brousse, avec l'intention d'étudier avec Elisée, un Juif adepte de la Falsafa, versé dans Averroès et Maimonide, qui maintenait des contacts avec les Juifs venant d'Espagne. Ce fut Elisée qui mit Pléthon en contact avec les doctrines de Zoroastre, qui influencèrent sa pensée de façon décisive. On pense que le " Traité sur les oracles chaldaïques " date de cette période, et en général ses études et son intérêt pour l'Islam.

Au début du XVe siècle, durant une période de calme dans les relations entre les Turcs et Byzance, à la suite de la déroute des premiers face à Tamerlan à la bataille d'Ankara (1402) et après le règne pacifique de Mehmet I (1413-1421), Pléthon retourne à Constantinople où il acquiert rapidement une grande réputation comme érudit et réunit un cercle de disciples, parmi lesquels on remarquera Marc Eugénikos, qui jouera un rôle important dans le concile de Florence.

L'Eglise, alarmée du contenu de ses enseignements, fit expulser Pléthon et en 1409 nous le rencontrons à Mistra, ville proche de l'antique Sparte, qui, encore sous gouvernement byzantin, est l'unique lieu stable et qui, petit à petit, va se convertir en une ville cosmopolite où règnera une plus grande liberté de pensée que dans la capitale de l'empire elle-même. Là, sous la tutelle de l'empereur qui lui donne terres et forteresse, Pléthon développe son école qui sera si importante ensuite pour la diffusion du platonisme en Occident.

Entre 1438 et 1439 Pléthon voyage en Italie avec la délégation grecque participant au concile qui sollicite l'aide des princes européens à une Constantinople chaque fois plus encerclée par le pouvoir turc ainsi que l'union des églises orthodoxes et catholiques. Aucun de ces deux buts ne fut atteint, mais l'apport de la philosophie grecque et orientale aux illustres cercles florentins fut notablement renforcé. Gemiste Pléthon accomplit fondamentalement un travail de conseiller des ecclésiastiques grecs dans le domaine théologique et philosophique. A Florence il prend contact avec le cercle de Léonardo Bruni, héritier des enseignements de Pétrarque et traducteur de Platon, et initie une relation et une influence notable sur Cosme de Médicis au sujet de la nécessité d'approfondir la pensée hellénique sans le filtre de Saint Augustin, à la mode alors en Italie. " Fréquemment, le grand Cosme...à l'époque où se tenait à Florence le concile entre Grecs et Latins...écoutait disserter au sujet des mystères platoniciens, un philosophe grec appelé Gemiste et surnommé Pléthon, comme un autre Platon. Son verbe fervent l'enthousiasma immédiatement, à tel point qu'il conçut alors une académie qu'il fonderait à la première occasion " affirme Marsile Ficin, dans la préface à sa traduction de Plotin. Gemiste Pléthon reçut de Cosme de Médicis la chaire de philosophie à Florence et Bessarion fut son disciple, qui plus tard deviendra cardinal.

Après le concile, Pléthon retourne à Mistra en 1440 d'où il ne repartira plus et où il mourra le 26 juin 1452. Après sa mort on découvrit son œuvre principale, le Traité des lois, qu'il écrivit peut-être tout au long de sa vie et qui fut réquisitionnée et cachée par le prince du Péloponnèse, Demetrius. Après la prise par les Turcs en 1460 de cet ultime bastion de l'empire byzantin défunt, l'œuvre arriva à Constantinople où le patriarche orthodoxe, Georges Scholarios, après diverses vicissitudes qui montrent l'absence d'unanimité au sein du clergé grec, en détruisit  une partie, la considérant hérétique et pernicieuse. Du texte restent quinze chapitres et le sommaire, qui, à en juger par la quantité de copies retrouvées dans les bibliothèques européennes - Vienne, Madrid, Paris, Naples, Florence - nous permettent de nous faire une idée de l'énorme diffusion de la pensée de Pléthon parmi les penseurs de la Renaissance.

 

SES ŒUVRES

 

Extraits et commentaires des œuvres de Appien, Théophraste, Aristote, Diodore de Sicile, Xénophonte, Porphyre et Denys d'Halicarnasse. Il écrivit des œuvres de théologie, musique, rhétorique, des oraisons funèbres, d'histoire et des traités de géographie. Son œuvre " De gestis graecorum post pugnam ad Mantineam ", à partir de Diodore et Plutarque fut éditée en 1503 à Venise et on en fit de nombreuses éditions en plusieurs langues, parmi lesquelles l'espagnol. Autres œuvres : " De rebus Peloponesiacis constituendis ", " Oracula magica Zoroastris " ; " Prolegomena Artis Rhetoricae " ; " Orationes funebres de inmortalitate animae " ; les traités " Zoroastri et Platonicorum dogmatum compendium " ; " De fato " ; " De virtutibus " ; " De legibus " et le plus important " De Platonicae atque Aristotelicae Philosophiae differentia " qui montre clairement son orientation néoplatonicienne et exalte ouvertement Platon au détriment d'Aristote, ce qui lui valut l'ire des aristotéliciens récalcitrants comme Georges Scholarios, qui fut Patriarche de Constantinople et ordonna de détruire son œuvre sur " Les lois ".

Il tenta de concilier les théogonies orientales avec les doctrines du Christianisme. En philosophie morale il reçut l'influence du stoïcisme. Pour Pléthon, Zoroastre était la plus antique source de sagesse, dont la généalogie se terminait avec Pythagore et Platon. Les " Oracles chaldaïques " étaient la source pure  de la sagesse de Zoroastre, œuvre qui, en outre, était considérée contemporaine des textes d'Hermès Trismégiste, en réalité écrite au IIe siècle après J.C. au temps de Marc Aurèle. L'œuvre fut éditée en 1894 par W. Kroll.

Le sommaire conservé du " Traité des Lois " et les nombreux écrits sur la politique, l'histoire, la médecine, la musique, la métaphysique et la philosophie, montrent l'intention de Pléthon de reconsidérer la philosophie comme une forme de vie capable d'harmoniser l'individu et la société avec une finalité transcendante pour laquelle les dieux nous ont mis dans ce monde.

Pléthon traça une généalogie minutieuse de ses prédécesseurs dans les doctrines qu'il synthétisa, qui allaient de  Zoroastre et des brahmanes hindous jusqu'à Plotin et ses disciples Porphyre et Jamblique, en passant par Pythagore et Platon, laissant clairement entendre que, sur les sujets aussi importants que la connaissance des dieux et l'origine et la destinée de l'homme et des choses en général, il n'apportait aucune innovation. " Tous coïncident dans la plupart des sujets les plus importants et paraissent avoir toujours révélé leurs idées aux hommes les plus intelligents " dit le philosophe dans le Traité. C'est pourquoi il s'attacha à écarter de sa synthèse les relativistes sceptiques et les sophistes, classiques comme modernes. Ainsi par exemple, le chapitre III du Traité des lois est dédié à la réfutation des doctrines de Protagoras et de Pyrrhon.

Au sujet de la nature des hommes, Pléthon signale qu'elle est double, qu'elle possède une partie immortelle et éternelle de la même nature que celle des dieux eux-mêmes, et une autre, bestiale et temporelle, et qu'en cela, il suit les enseignements de Zoroastre, de Pythagore et de Platon. Il appelle l'homme l'être qui unit en lui deux choses contraires, matière et esprit, condition nécessaire pour un univers " réuni en un ensemble structuré ".

Ainsi, en l'homme se mêle le mortel et l'immortel, point de rencontre nécessaire pour l'harmonisation de ces composants extrêmes du monde.

Pléthon, en cherchant à recréer dans sa totalité le juste sens de la philosophie comme mode de vie, comme pratique indispensable pour atteindre l'amélioration de l'être humain et finalement de la société, reproduit à Mistra ce que Plotin réalisa à Alexandrie, ses enseignements et son mouvement philosophique.

 

 

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.